Qui connait encore le village de Troins
dans la vallée de l'Issole ? Cette ancienne communauté, isolée des
"grands axes" , se trouve pourtant à deux pas de nos villages. Elle
partage une partie de son histoire avec Saint-André qu'elle a rejoint
définitivement après la Révolution vers 1791.
Aujourd'hui les différents sites d'implantation de
l'ancienne communauté sont à l'abandon complet pourtant ils
mériteraient un minimum de mise en valeur et même de sauvegarde (pas
une reconstruction, mais simplement préserver l'existant), je pense
notamment à la petite église qui présente encore quelques points
d'intérêt de par son architecture. D'après mes connaissances, le
"chef-lieu" a du être habité tardivement jusque dans la première moitié
du XXe siècle. Le nom de Troins (parfois orthographié Troyns), est sorti des mémoires et des cartes ! Sur les cartes IGN comme le cadastre, on ne trouve que Le Seuil,
ces "deux lieux" semblent confondus, bien que la distinction ne soit
pas évidente à faire aujourd'hui (en l'absence de documents précis), il
est permis de supposer que Troins désigne le nom de la communauté dans
son ensemble, et Le Seuil, le chef-lieu en particulier (c'est-à-dire un
hameau avec quelques maisons agglomérées, une chapelle qui fut église
paroissiale avec son petit cimetière, un petit four, et des restes de
parcelles de jardins ou de vergers). Il existe des exemples similaires
: on peut citer le cas de Tartonne : où le chef-lieu s'appelle
Plan-de-Chaude.
Vue de la façade extérieure de l'église, remarquez les
encadrements en tuf. Départ de voûte en tuf à l'intérieur de
l'église.
La questions des limites de la communauté se posent
aussi, car il est difficile de dire si un deuxième site, le lieu-dit La
Tour, faisait partie de la même entité. Si l'on en croit la carte
(imprécise) de Cassini datant du XVIIIe siècle, ce ne serait pas le
cas. Pourtant les deux lieux ne sont distants à vol-d'oiseau que d'un
kilomètre.
Ce lieu mérite également qu'on s'y arrête : situé
sur éperon rocheux regardant Saint-André, une tour encore bien droite
s'élève sur deux étages, elle est rongée à sa base sur ces 4 côtés, ce
qui laisse craindre un effondrement progressif. Pourtant, il ne
suffirait que de quelques sacs de béton et de sable et un peu de bonne
volonté pour lui assurer la sécurité qu'elle mérite. La présence des
tours dans la région est bien connue, mais on en ignore les subtilités.
Étaient-elles en liaison visuelle entre elles comme c'est le cas
ailleurs ? Comment étaient-elles gardées et par qui ? Il est difficile
de répondre à ces questions en l'absence d'étude précise sur le sujet.
Ces monuments remontent à une époque médiévale ancienne dont il nous
est parvenu que peux d'informations. On ne peut s'empêcher de faire un
rapprochement avec la tour de Piégut de Thorame-Basse, elle aussi bien
conservée, mais elles ne se ressemblent pas par leur construction. Il
est aussi difficile de dire si elles pouvaient communiquer, de toute
évidence, il n'y a pas de contact visuel direct possible, il faudrait
donc un ou plusieurs relais ; jusqu'à preuve du contraire nous n'en
connaissons pas, de plus la tour de l'Issole dispose d'une large
ouverture voûtée regardant vers St-André, en revanche le mur nord est
aveugle, à moins qu'il y ai eu une ouverture plus haut sous la toiture.
A quelques mètres de la tour sous les broussailles
on trouve les restes non moins intéressants d'une petite chapelle. Bien
qu'il ne subsiste que le chœur, le revêtement très soigné du mur
intérieur en pierres de tailles de petite dimension est encore visible.
La disparition de l'édifice dans la végétation est plutôt récente, au
milieu des années 1930, l'abside du chœur était encore bien visible
(comme en témoigne une photo retrouvée dans un album de famille).
Ce lieu de la Tour est aussi connu dans l'histoire
récente. Durant le Seconde guerre mondiale, une ferme située à
proximité des vestiges abritait un groupe de résistants, les nazis
prévenus de cette occupation ont incendié la ferme (dont on voit encore
les ruines). Sur le départ du chemin, le long de la Départementale 2,
un panneau en bois rappelle le sacrifice des Résistants.
Ces lieux sortiront-ils un jour de leur sommeil ?
Rien n'est moins sûr tant ils semblent méconnus. De faibles moyens
financiers et matériels suffiraient pourtant à stopper l'érosion.
Une nouvelle étude touristique a été lancée par les
communautés de communes du Moyen Verdon et du Teillon (Demandolx,
Peyroules et Soleihas). Le bureau d'étude Atemia, le même qui s'est
penché sur la mise en tourisme du patrimoine du du Pays A3V (voir
article dédié), a mis en place nouveau site internet
qui propose notamment des sondages à destination des professionnels du
tourisme, mais aussi des résidents permanents. Le déroulement précis
de l'étude n'est pas donné mais il est question cette fois de parvenir
à un diagnostic partagé aboutissant sur des propositions d'actions
concrètes... En revanche, le lien n'est pas fait avec le précédent
projet à l'échelle du Pays A3V de "mise en tourisme du patrimoine" qui
concernait le buffet de la gare de Thorame, l'alambic de Barrême et la ... Le dernier numéro de "Aux
sources du Verdon" (n°9) est tout aussi muet sur la question. On
trouve en revanche quelques traces du projet sur la lettre d'information d'Atemia de décembre : "Parmi
nos actions menées en 2009, nous avons conçu un réseau de sites
muséographiques reliés par le chemin de fer (Projet « Savoir-faire et
faire savoir »).Dans cet exemple, le déplacement devient même un moteur de découverte et de divertissement." Idée séduisante a priori.
"Originaire du Dauphiné, cette famille a
participé aux croisades, comme le montre leurs armoiries ornées d'une croix
alisée rouge sur fond d'argent. Le premier membre de cette famille qui
s'installa à Allons fut un des fils de Jean d'AUTANE et d'Esprite de CHARAVEL.
Comme la famille REQUISTON, la famille d'AUTANE avait des membres qui vivaient
en permanence à Allons.
Pierre d'AUTANE était officier des dragons,
lorsqu'il vint s'établir en Haute-Provence et épouser Margueritte de REQUISTON.
C'est ce mariage, célébré le 1° mai 1594, qui lui apporta une portion des
terres d'Allons. Sa femme lui donna trois fils: Charles, Jean et Scipion.
Scipion d'AUTANE, seigneur d'Allons, épousa
Eléonor de GALICE le 5 septembre 1632. Ils eurent deux enfants:
Charles d'AUTANE, qui se maria à Honorade de
FERRIS. Leur fils, officier de cavalerie, est mort sans postérité en Pologne.
Jean-Jacques d'AUTANE se maria à Jeanne de
MONTBLANC le 15 février 1678. Ils eurent quatre enfants: Charles d'AUTANE
(1680, 1758 à Allons), Anne-Marie d'AUTANE (1695, ?) qui épousa Jean-Baptiste
SIMON, un bourgeois de la Mure, en 1720, François d'AUTANE (1699 1772) qui
devint prêtre après avoir été curé de Vergons et Jean d'AUTANE.
Sur la place du village, on peut encore voir
le château de la famille d'AUTANE. Le corps central fut construit à une époque
qui demeure encore inconnue mais les deux parties lattérales furent ajoutées en
1740 (l'aile ouest est une chapelle), suite à l'enrichissement d'un membre de
cette famille. En effet, Charles d'AUTANE qui devint prévot de Rosk, un diocèse
de Varsovie en Pologne, rencontra un personnage très riche au cours d'un de ses
voyages sur mer. Ce dernier tomba malade au cours de la traversée, il demanda
les secours de la religion auprès de l'abbé d'AUTANE et lui fit don de tous ses
biens avant de mourir. L'enrichissement soudain de cet abbé dut profiter à sa
famille car elle posséda alors la plus grande partie des terres d'Allons,
jusqu'à la Révolution.
Son frère, Jean d'AUTANE, seigneur d'Allons,
se maria avec Françoise de la MOTIERE d'HENRY, une Allonsaise, le 6 février
1723. Ils eurent quatre enfants: Jean-Charles d'AUTANE, né le 2 janvier 1726,
Antoine d'AUTANE, né le 13 février 1728 décéda deux mois plus tard, François
d'AUTANE, né le 1° avril 1729 mort à Paris en 1765 et enfin Jeanne-Marie
d'AUTANE qui épousa à Mezel, le 21 avril 1743, Louis-Bernard de CONSTANS.
Jean-Charles d'AUTANE laissa de terribles
souvenirs aux Allonsais car il fit appliquer de façon très stricte ses droits
seigneuriaux. Dans leur ouvrage consacré à la famille Douay, G. Hertault et A.
Douay consacrent un chapitre à la famille d'AUTANE, voici ce qu'ils racontent
au sujet de notre personnage: "Quels étaient donc, quarante ans avant
la Révolution, ces droits auxquels Jean-Charles d'AUTANE tenait tant?
Il y a d'abord l'hommage de fidélité au
seigneur. Tout écart est considéré comme crime de félonie. A Allons, le code
des rapports de domination- suborbination est loin d'être tombé en désuétude.
Il règle les moindres détails de la vie du village. Le seigneur a droit à son
banc à l'église. Sa famille a le privilège d'être enterrée en dessous de ce banc.
Le seigneur a droit à l'encens au cours de la messe, après l'élévation. C'est
lui qui porte la palme à la procession des rameaux...
Il y a ensuite les droits honorifiques
spéciaux et notamment le "droit de silence". Les vassaux étaient
obligés de marquer par leur silence le deuil du seigneur ou de sa dame. A
l'automne 1772, une épidémie se déclare à Allons. Gabrielle de DEMANDOLX (sa femme avec
laquelle il s'est marié le 6 septembre 1748) aidée du prieur s'emploie à
soulager les malades et à aider les mourants. Bientôt atteinte elle même, elle
meurt en décembre 1772. "
En septembre 1773, l'épidémie était passée,
les Allonsais organisèrent la fête de la St. Domnin " la bravade est
très réussie... mais n'est pas du goût du seigneur d'AUTANE [] Il intente un
procès à ses vassaux citant 35 témoins à charge qui dépendent tous de lui par
leur position. Le dernier n'a que 13 ans, mais peu importe... le droit est le
droit.
Ce droit doit être appliqué dans toute sa
rigueur. Ainsi Jean Charles d'AUTANE sera encore un des rares seigneurs à faire
appliquer le droit de prélation. Il s'agissait d'un droit de préemption
permettant au seigneur d'acheter des terres en payant au vendeur le prix
inscrit sur l'acte seigneurial. Le seigneur pouvait ainsi reprendre telle terre
qui lui convenait selon son bon plaisir et faire pression. Tombé en désuétude
ce droit est invoqué par Jean-Charles d'AUTANE qui assigne Pierre Béraud le 9
mars 1772 pour "luy vuider et délaisser par droit de retrait
seigneurial" diverses terres achetées pour 133 livres par son vassal et
payées en trois fois: 1757, 1758 et 1769. Le retrait fut prononcé et le paysan
ainsi doublement spolié puisqu'il avait en plus travaillé quinze ans pour
bonifier son bien.
Jean Charles d'AUTANE intentera encore une
autre procédure de ce genre en 1768 à Sausses. Parmi les droits seigneuriaux,
figuraient aussi les droits de mutation. Enfin, et non des moindres, figurait
le droit de redistribution des moyens de production par les seigneurs à leurs
vassaux. "
A. Collomp explique la puissance des
seigneurs ainsi: "Le pouvoir politique du seigneur est assuré par sa
puissance économique. C'est le contrôle des moyens de production qui permet au
seigneur d'exercer efficacement les droits seigneuriaux lucratifs et
honorifiques". G. Hertault ajoute: "Leur influence était,
comme on l'a vu, consolidée en envoyant leurs dames et demoiselles visiter les
malades, les jeunes enfants et les femmes en couche. Leur pouvoir temporel
était aidé par le pouvoir spirituel utilisé à bon escient. Allons connut
plusieurs prieurs issus de la famille d'AUTANE.
Le seigneur enfin avait encore certains
droits de justice en matière spirituelle, ainsi le droit de condamner à 3
livres d'amende tout blasphémateur du nom de Dieu et au percement de la langue,
tout récidiviste. "
Ce représentant de la famille d'AUTANE, en
imposant sa vision archaïque du droit, ne devait pas être très apprécié des
Allonsais. Nous trouvons aux archives départementales de Digne de nombreux
documents relatant des procès entre cette famille et les villageois:
En 1770, Jean-Charles d'AUTANE présente une
requète de plainte contre Marie PELLEGRIN qui s'était exclamée "Tout
seigneur que vous êtes, je vous casserai la tête d'un coup de rocher!"
(Archives AHP B1237).
En 1786, la Révolution est proche, on se
ressent déjà les prémices dans les propos des villageois. Le procès archivé B
1250 à Digne mentionne que les Allonsais ont insulté les dames du château
d'AUTANE "criant à gorge déployée qu'elles étoient des vilaines, des
souillons, des putains...".
Au caractère particulier de ce seigneur, il
faut ajouter les nombreux problèmes de la communauté allonsaise. Les villageois
payaient trois fois plus d'impots que leurs seigneurs alors que ces derniers
possédaient toutes les bonnes terres du terroir. Voici ce que dit le rapport
d'encadastrement des biens réalisé en 1698: "La communauté est en
contantion depuis très longtemps avec les seigneurs et elle prétend quils ont
du bien roturier quils possèdent comme noble mais comme elle n'a pas de titres
pour le faire cette prétention luy est inutile; ou en tout cas quand elle en
viendroit au bout elle seroit de peu de considération." (il n'existait
pas de cadastre à Allons).
Un autre passage du même affouagement évoque
une escroquerie réalisée par le seigneur de VILLENEUVE dont les Allonsais
furent victimes: "Il y a Vauclause qui est affouagé un quart de feu et
le seigneur dudit Vauclause sans titre ni fondement et par adresse fait ériger
par le commis, les impositions de ce quart de feu de la communauté d'Allons
cest à dire que cette pauvre communauté ne sen est jamais pris garde que
despuis peu, les habitans estant estés topjour peu illetrés et ydiots quils
auroient esté persuadés que Vauclause estoit tout noble et par concéquent non
compris à l'affouagement.'
Les armoiries de la famille d'AUTANE
(d'argent pour le fond, de gueules pour la
croix, surmontées d'un chef d'azur chargé de trois étoiles d'or) La devise
familliale était : "In
hoc signum robur meum"."
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Paul Giraud est Secrétaire de l’Association pour la sauvegarde du patrimoine culturel de Thorame-Haute. Originaire du Haut et Moyen Verdon par sa famille, il se passionne pour les questions du développement local en lien avec la mise en valeur patrimoine, source d'équilibre entre besoins économiques vitaux et préservation du patrimoine culturel, social mais aussi environnemental.
Il est titulaire d’un Master Evaluation des politiques publiques et d’une Licence de Droit mention Administration économique et sociale. Parmi ses travaux et centres d'intérêt, on trouve notamment la gouvernance démocratique à travers la participation citoyenne, le partage de l'information et du pouvoir, la transparence dans les processus décisionnels qui permettent de désamorcer les conflits, mais aussi de s'approprier l'action politique et d'en renforcer la légitimité.
Il s'intéresse aux problématiques environnementales et énergétiques, à la préservation des paysages. Il est également très sensible au dynamisme de la vie associative, et au secteur de l'économie sociale.